vendredi 20 décembre 2013

Jérôme

Après avoir vu le cube de verre de Viva For Life, l'opération caritative menée par la RTBF, Solène me demande
- Dis, maman, Jérôme, c'est là qu'il travaille ?
 Je comprends tout de suite qu'elle parle de Jérôme de Warzée l'humoriste qui nous met de bonne humeur chaque matin avec son "cactus dans le waterzooie". Elle a si souvent l'air d'être "ailleurs" mais son cerveau enregistre pas mal de choses, à notre grand étonnement.

Théâtre de marionnettes

Le théâtre de marionnettes fait partie du folklore liégeois et pourtant je n'ai jamais eu l'idée (l'envie ?) d'y emmener Solène. Les traditions se perdent, je ne suis même pas capable de lui raconter la légende de Tchantchès !
Solène avait assisté à un spectacle de marionnettes alors qu'elle était en classe maternelle. Fragile sur le plan émotionnel, elle se bouchait encore les oreilles dès que le bruit devenait gênant mais il me semblait qu'elle avait apprécié l'histoire et la dynamique des marionnettes sur scène.



L'occasion s'est à nouveau présentée cette année, dans le cadre d'une sortie de classe récréative. Solène m'a raconté, pendant 20 minutes, sans raccourci, l'histoire de "l'enlèvement de la fille du roi par un voleur, le tout se terminant par l'arrivée du Père Noël" ... J'avoue ne pas avoir tout suivi par manque de concentration ;-) mais j'ai trouvé exceptionnel qu'elle ne se décourage pas dans cette longue narration, où se mélangeaient discours direct et indirect.
Solène se fait comprendre malgré les fautes de grammaire(*), les mots mal prononcés, la vitesse d'élocution élevée, quelques répétitions. Nous essayons d'améliorer cet aspect du langage, notamment à partir des poésies proposées par son institutrice. Solène les mémorise facilement, ce qui nous donne l'occasion de travailler l'articulation, l'enchainement des mots et des vers ainsi que l'intonation. A la fin du repas, nous jouons à l'élection du meilleur poète - nous connaissons aussi les poésies par cœur - et tout le monde se prête au jeu, de bonne grâce, dans l'intérêt de Solène !

(*) Nous luttons patiemment depuis des mois contre l'utilisation généralisée du pronom personnel "il" :  "Mamy, il ...", "Madame, il ..." alors que Solène n'a aucun problème avec le genre des noms. Nous avons gagné tant d'autres combats, la victoire ne doit pas être lointaine ?!

mercredi 11 décembre 2013

J'aime lire

L'article rédigé à la mi-août relatait les difficultés de Solène en lecture. Comment l'y entraîner régulièrement tout en gardant du plaisir ? C'était le défi ...

Force est de constater les énormes progrès, 4 mois plus tard. Solène lit de mieux en mieux. Elle déchiffre et reconnait plus rapidement les mots, ce qui facilite l'accès au sens des phrases. Solène inverse encore des lettres, bute sur des syllabes simples, hésite parfois sur les "b" et les "d" mais c'est loin d'être un calvaire. Elle essaye de lire les étiquettes, les enseignes, des planches de BD, tout ce qui lui passe sous les yeux : un signe très positif. Il y a des jours où on ne l'arrête plus ! Hier, nous lisions, à 2 voix, un texte du magazine "Mes premiers J'aime Lire" et à chaque page, elle réclamait la suite ! Belle récompense.   

Le petit soldat de plomb

Diversifier. Au hasard d'une recherche, je découvre cette curieuse affiche pour une pièce de théâtre destinée aux enfants. Les avis sont positifs. Je fonce. C'est sympa une petite sortie le dimanche après-midi, c'est l'occasion de se détacher de nos écrans.
L'adaptation du conte d'Andersen par la Compagnie des Arts et Couleurs est très originale. Nous étions dans la "cuisine", très proches des acteurs. Solène vit l'histoire, elle rit sans retenue, sursaute exagérément lorsque le four crépite. Elle me demande sans arrêt si "c'est un vrai four, un vrai poisson, un vrai rat, un vrai troll, ...". L'illusion est parfaite avec des moyens techniques très simples, auxquels nous ne sommes plus habitués. Solène découvre les "effets spéciaux" : le ventilateur sous la table qui simule la tempête en mer, les fumigènes, ... Seuls les sablés offerts à la fin de la représentation étaient plus vrais que nature ! 

dimanche 24 novembre 2013

Barbe-à-papa

J'écris ce petit article pour évoquer un progrès auquel nous n'aurions pas cru il y a quelques années d'ici. La foire d'octobre à Liège est un événement presque incontournable ... Tous les enfants rêvent de carrousels, de pêche aux canards, de la grande roue ... et tous les parents savent qu'ils les y emmèneront un jour ou l'autre. La musique et le bruit des attractions constituaient l'obstacle majeur et nous reportions ce projet d'année en année. Ce n'était pas bien grave si nous n'y allions pas, nous pouvions malgré tout nous régaler des lacquemants à la maison !     

Cette année, nous la sentions prête à gérer les stimulations sonores. Solène s'est réjouie de cette sortie en famille et je pense qu'était contente de découvrir le champ de foire. Elle voulait manger une barbe-à-papa. Cette sucrerie attirante au regard s'est avérée décevante. Solène a déclaré qu'elle avait l'impression de manger des poils !     
 

14e

Quatorzième sur 83 participantes, c'est le classement obtenu par Solène lors du cross "courir pour la forme" organisé pour les élèves des écoles libres de l'entité. Le cross a eu lieu à la mi-octobre, dans les bois, sur un parcours de 1500m. Solène m'a expliqué qu'elle était tombée une fois et qu'elle avait même un peu marché. C'est une belle performance et bien-sûr, elle en a été félicitée. Son diplôme est d'ailleurs affiché dans la cuisine. 
Vous imaginez que nous n'en sommes pas restés là ... "Dis, Solène, si tu es arrivée en quatorzième position, combien de filles ont franchi la ligne d'arrivée avant toi ?" J'ai dessiné sur le tableau blanc les concurrentes qui se trouvaient devant et derrière (pas toutes, quand-même ;-)) pour travailler la représentation du nombre, toujours en voie d'acquisition ...

samedi 2 novembre 2013

Syndrome dys-exécutif

Cette rentrée scolaire était placée sous le signe d'une grande réjouissance. Solène était fière de franchir le seuil de la deuxième classe, celle de Madame S. La première réunion de parents confirme l'image positive que nous avions de l'institutrice. Les enfants de la classe sont tous différents même s'ils ont en commun la dysphasie. Madame apprend à connaître leurs forces et faiblesses au fil du temps. Je lutte contre l'irrépressible envie de communiquer le "mode de fonctionnement" de Solène.

Cet été, la lecture du dernier livre du Dr Michèle Mazeau sur le syndrome dys-exécutif a été une révélation, non seulement parce que j'ai reconnu Solène dans toutes les descriptions mais aussi parce que l'auteur apporte un éclaircissement sur le diagnostic différentiel qui peut prendre du temps, tant les nuances sont importantes. J'ai noté, par exemple, la différence entre "stéréotypies" et "persévérations". J'ai surtout compris le rôle et l'importance des fonctions exécutives sur le fonctionnement global de l'être humain. La deuxième partie du livre est consacrée à l'adaptation d'énoncés dans différentes matières abordées en début du secondaire.


Sur base de ces deux dernières années, je m'interroge néanmoins : faut-il nécessairement appliquer toutes les recommandations, compenser systématiquement, devancer les difficultés ? Le point de vue de l'enseignante, basé sur son expérience va dans une autre direction. Sans nier les difficultés, elle place la barre "haut" et la redescend si nécessaire. J'adhère entièrement à cette idée de mener (tirer ?) l'enfant au maximum de son potentiel. En tant que mère attentive et inquiète, j'ai parfois peur du découragement de Solène, peur des paliers "infranchissables", peur que les bases ne soient jamais acquises ...

Que de doutes, encore et toujours ...